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La première vie de Tiphène

La première vie de Tiphène

Devant elle, son époux était allongé dans le lit conjugal. Ce petit seigneur des terres champenoises avait contracté une mauvaise fièvre après une partie de chasse qui avait mal tourné. Ce qui était d’abord une blessure bénigne se transforma en lente agonie.
Tiphène observa longuement cet homme qu’elle avait appris à aimer. Cet homme qu’on lui avait présenté alors qu’elle n’avait que 17 ans. Elle se rappelait de ce jour où alors qu’elle dansait et chantait dans les prairies du domaine familial, son père l’avait faite mander. Surprise elle s’était empressée de répondre à sa convocation au point qu’elle en avait oublié d’ôter la couronne de fleurs qu’elle avait dans les cheveux. Elle ne comprit tout de suite quand son père lui présenta cet homme qui portait les premier signes de l’âge qu’elle avait devant elle son futur époux. Le mariage ne se fit pas attendre selon les voeux de son père. Et la jeune femme dût se familiariser à son nouveau domaine. Les premiers temps ne furent guère facile d’autant que le fils unique de son époux lui vouait une hostilité sans pareille. Mais la tendresse et la bienveillance du seigneur surent ouvrirent les portes du coeur de Tiphène et lui firent vivre un bonheur de plusieurs années. Et ce bonheur allait prendre fin.

-Ma… Ma mie… murmura-t-il difficilement.

Tiphène se pencha aussitôt et prit la main du mourant dans les siennes.

 

-Je suis là, avec vous..
-Ma mie… je sais que ma vie touche à son terme…
-Taisez-vous mon ami, reposez-vous pour guérir.

Il lui caressa tendrement la joue, elle ferma les yeux d’aise, savourant ce moment.

-Je sais qu’Hubert ne vous porte pas dans son coeur…
-Ne vous inquiétez pas pour votre fils, je suis convaincue qu’il prendra très bien votre suite.
-Toujours aussi indulgente… pourtant, je connais mon fils, et je sais ce qu’il fera de ce pouvoir….
-N’y pensez plus, mon ami. Concentrez-vous sur votre guérison, répondit-elle dans un sanglot.

Il toussa puis reprit la main de Tiphène.

-J’ai fait réunir votre douaire… et je me suis permis de contacter votre cousin à Guirsch…
-Mon ami, cela n’était point nécessaire, vous….
-Ma mie, soyez réaliste ! Je le sais… je le sens… Mon heure est venue… Mais rassurez-vous, je n’ai ni peur ni peine. J’ai eu une vie heureuse grâce à vous…
-Je…
-Ne pleurez point, ma douce… Je sais qu’un jour votre coeur s’ouvrira à un autre homme… je vous souhaite ce bonheur… S’il y a un dernier souhait que je puisse faire c’est que vous retrouviez un homme juste et bon qui vous permettra de poursuivre une vie heureuse.
Mon ami, c’est impossible, je ne saurai aimer nul autre que vous… interjeta-t-elle en pleurs
Et… pourtant, vous y arriverez…

Il rendit son dernier souffle deux jours plus tard. Vinrent ensuite les funérailles où Tiphène fit preuve de la plus grande des dignités malgré son chagrin. Elle s’enferma ensuite dans ses appartements durant de longues semaines au grand désarroi de toute la mesnie et de son nouveau seigneur qui malgré son hostilité envers la jeune veuve ressentait une certaine compassion à son égard.
Puis, un jour, quand les premiers rayons printaniers du soleil poussèrent la nature à s’éveiller, Tiphène sortit enfin de sa triste retraite. Hubert proposa à la jeune veuve de rester encore un peu avec eux, mais celle-ci refusa poliment tout en expliquant que son temps en ces terres était fini qu’elle allait devoir vivre une autre vie ailleurs… à Guirsch, dans un premier temps…

 

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